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Le bonheur vient de la mer

samedi 29 mai 2010

Mutation du plancton marin


A en croire la communauté scientifique, 84 % du réchauffement mondial s’opèrent dans les océans. A l’instar de la sphère terrestre, les organismes vivant au sein des milieux marins sont affectés par l’augmentation de la température globale et se voient contraints de s’adapter pour perdurer.
Depuis 1946, le programme Continuous Plankton Recorder, basé à Plymouth, en Angleterre, surveille tous les mois la présence et l'abondance de près de 450 espèces planctoniques dans l'océan Atlantique Nord. Dirigée par Grégory Beaugrand, du Laboratoire d'Océanologie et de Géosciences, l’équipe scientifique vient d’apporter un éclairage nouveau sur l’évolution du plancton végétal et animal de l’océan Atlantique Nord, suite à l’analyse des 97 millions de données issues du programme.

Dans le cadre de ces recherches, les chercheurs ont focalisé leurs travaux sur certains groupes clés de phytoplancton que sont les dinoflagellés et les diatomées, et de zooplancton, à savoir les copépodes, lesquels assurent le transfert entre les producteurs primaires (le plancton végétal) et les niveaux trophiques supérieurs. A la lumière des observations effectuées, deux conclusions se sont imposées à eux. Pour la première fois, preuve est faite que le réchauffement des températures s’est accompagné d’une augmentation de la biodiversité de ces groupes planctoniques dans l’océan Atlantique Nord. Autre répercussion, la taille moyenne des copépodes, dont une centaine peuple cette partie de l’océan, a diminué de 25 à 33 %. Dans certaines régions situées à la limite entre les systèmes tempérés et polaires, leur taille est ainsi passée d’une moyenne de 3-4 mm à 2-3 mm.

Une fois ces changements confirmés, encore fallait-il identifier les conséquences de cette « évolution surprenante ». Or, la diminution de la taille moyenne des copépodes, groupe planctonique assurant le transfert du dioxyde de carbone atmosphérique depuis la surface jusqu'au fond des océans à travers la chaîne alimentaire, pourrait induire une diminution, non encore quantifiable, du piégeage du carbone atmosphérique par l'océan Atlantique Nord. Un constat qui n’est pas anodin alors que ce dernier contribue pour un quart au prélèvement total du carbone atmosphérique par l'océan mondial.

Plus spécifiques et basées sur des modèles destinés à évaluer la probabilité de présence des morues en fonction des caractéristiques liées à leur environnement, des recherches parallèles ont révélé que l'augmentation de la diversité du zooplancton et la diminution de sa taille se traduiraient par une diminution de la présence des morues en Atlantique Nord. Ce phénomène probable aggraverait alors la pression exercée par la surpêche sur ce poisson subarctique.

Cette étude a le mérite de dévoiler une autre des multiples répercussions du réchauffement planétaire. Elle révèle, en effet, « qu’une augmentation de la biodiversité taxonomique, souvent vue comme avantageuse au sens large du fonctionnement écosystémique, pourrait, si elle est généralisable à l'ensemble de l'océan mondial, altérer temporairement certaines fonctions importantes pour l'homme, telles que la régulation du dioxyde de carbone et l'exploitation des ressources marines ». D’après le CNRS, ce serait la première fois que cette augmentation est constatée à une aussi grande échelle spatiale, attestant d'un « bouleversement structurel profond des systèmes biologiques en Atlantique Nord en réponse à l'augmentation des températures ».