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Le bonheur vient de la mer

lundi 14 décembre 2009

La mue de l'océan


Une forte progression des poissons et mammifères marins d'eau chaude, comme des dauphins ou des maquereaux. Une forte baisse des espèces affectionnant l'eau froide, à l'image des merlus ou des crevettes grises. Tel est le constat sans appel d'une thèse universitaire présentée ces jours-ci à la faculté des sciences de Montaury, à Anglet.
« Certains spécimens, comme les pingouins ou les orques, ont quasiment disparu du golfe de Gascogne », confirme Iker Castège, l'auteur de ces travaux, qui observe la biodiversité sur nos côtes depuis une dizaine d'années.

Cet ancien étudiant de la filière biologie de l'UPPA (université de Pau et des Pays de l'Adour) est aujourd'hui, à 33 ans, chargé de mission au Centre d'études de la mer, à Biarritz. Il a découvert sa vocation à l'occasion de la catastrophe de l'« Erika ». Il s'agissait à l'époque de quantifier l'impact de cette marée noire sur l'écosystème. Un drame qui a connu sa réplique quelques années plus tard, avec celle du« Prestige .
« Ces pollutions successives ont entraîné des variations dans la biodiversité, avec une redistribution des populations marines, au cours des années suivantes », souligne l'universitaire. Ce dernier est toutefois formel sur un point. La main de l'homme - sous-entendu les conséquences de la pollution, mais aussi l'effet de la pêche - ne compte que pour partie dans les importants changements en cours dans le golfe de Gascogne. Le moteur essentiel des modifications observées est incontestablement le facteur climatique.

Pour étayer son analyse, Iker Castège a croisé des données recueillies sur les trois dernières décennies, ce que personne n'avait fait jusque-là. Le suivi sur l'évolution des espèces remonte en effet à 1976, sous l'impulsion du Muséum d'histoire naturelle. Le Centre de la mer a aujourd'hui pris le relais de cette mission de veille.

Afin de la mener à bien, les chercheurs montent à bord des différentes navettes des garde-côtes qui sillonnent le golfe (Douanes, Affaires maritimes, marine nationale). « Nous en profitons pour effectuer tous les mois des relevés sur les différentes zones d'observation, en particulier du côté du gouffre de Capbreton, qui constitue un secteur de prédilection. »

Outre la présence des cétacés, les analystes recueillent de précieuses données, à partir des peuplements d'oiseaux. Lesquels constituent d' excellents indicateurs sur l'abondance et la qualité des espèces sous-marines. Et les exemples ne font hélas que confirmer la tendance générale. « Un oiseau comme l'océanite tempête, une sorte de petit albatros qui avait la particularité de venir se reproduire sur les rochers de Biarritz, est en nette régression, souligne le nouveau thésard. On assiste d'ailleurs globalement à une perte de biodiversité, en raison d'une plus grande déperdition d'espèces d'eau froide que d'arrivées d'espèces d'eau chaude. »

En étudiant de près toutes les informations recueillies depuis les années 70, Iker Castège aura retenu que cette mutation de la faune dans le golfe de Gascogne s'est accélérée depuis une vingtaine d'années environ.
« Il est assez exceptionnel, dit-il, de mesurer des changements aussi rapides sur une période aussi courte à l'échelle de la longue histoire de la climatologie. »

ex.Sud-Ouest