
En ce temps-là, pas besoin de “descendre” en ville, à moins que ce ne fut pour rejoindre les copains à la plage ou acheter une fourniture scolaire, décidément introuvable dans le coin. A Bibi, le spectacle était continu et partout! Nous vivions en pleine nature et libres comme l’air, c’était un peu l’école de la vie pour nous, les jeunes.
Bibi, c’était ce quartier-là, précisément - situé entre la rue d'Espagne, Beaurivage et Hélianthe. Un quartier d’une vivacité extraordinaire, avec ses traditions et son language, ses parties de jeux mémorables. Dès la sortie de l’école, on coupait à travers le passage des Pyrénées et on courait s’acheter des bonbons chez l’épicier du coin. On jouait aux “caniques” sur le bord du trottoir ou à la pelote à main nue contre le mur d’une maison amie. On laissait traîner nos cartables un peu n’importe où dans la rue. Qui aurait pensé dérober notre attirail ?…
Les enfants de Bibi fréquentaient l’école Paul-Bert. Même ceux qui habitaient très loin, à Beaurivage, venaient à l’école à pied, puisqu’il n’y avait pas de car scolaire. A la fin de l’été, les familles se retrouvaient pour aller cueillir des mûres dans les parcs voisins. C'était l'époque des confitures, ce moment festif permettait aux gens du quartier de se rencontrer et de faire connaissance. On sortait les tables devant la porte pour déguster un repas entre voisins, on cuisinait la morue façon “bakalau pilpil”, le “ttorro”, soupe de poissons divers, et la piperade aux piments et à l’ail. On terminait le repas avec du fromage de brebis, l’ardi gasna, qui avait été pressé à la main et salé en surface. Le quartier embaumait la bonne cuisine et les épices.
A l’époque, on cohabitait au mieux entre gens venus d’un peu partout, d’Espagne, du Portugal, et même du Nord, comme c’était le cas pour moi. C’est ainsi que j’ai commencé à faire mes premiers pas vers la socialisation et la fraternité, tout en apprenant à garder mes distances.
L’une de mes institutrices souhaitait que je rentre dans la troupe des Oldarra. J’étais très remuante et j’adorais être applaudie, lorsque je chantais ou que je dansais en public. J’avais déjà un tempérament de star, Maman me surveillait depuis la fenêtre de la cuisine et me rappellait à l’ordre bien souvent. Après quoi, naturellement, apparaissait la fameuse crise de larmes incontrôlée, un peu de provocation. Je m’enfermais dans ma chambre à l’étage et je m’allongeais sous la couette, en disant adieu à ce public dont j’avais tant rêvé. Sans toutefois renoncer à mes rêveries qui abritaient cette inspiration, nimbée de fantastique et toujours prête à jaillir, qui me pousse à écrire.
On ne peut pas parler du pays Basque, sans évoquer les danses, la musique et la fête.
Les fêtes basques sont avant tout des moments de rencontre, de partage, et l’expression d’une identité, celle du peuple basque. L’occasion, pour un quartier ou un village, de se retrouver et de faire vivre un éblouissant patrimoine de danses et de chants. Le chant basque est parfois une chanson plaintive des vieux temps, qui se transmet encore au fond des campagnes perdues, dans la brume et l’isolement. L’essentiel, c’est cette conviction qui dépasse véritablement les montagnes et se détache des pics alentour. C’est là que sont la beauté et le mystère d’un peuple qui attend sa renaissance.
Texte à méditer:
Norat joan jakiteko, nundik jin jakin behar
Pour savoir où l’on va, il faut savoir d’où l’on vient.