Il faut marcher un peu pour arriver aux vagues. Quelques centaines de mètres dans la dune, en savourant l’odeur de pin maritime qui baigne dans l’air. Il faut aussi savoir entendre ce que le vent murmure à l’oreille. Les voix racontent, le temps s’attarde. Tant de bleu tout autour. Sentir, écouter, ouvrir les yeux, s’imprégner. Fuir... Au large, sur l’horizon bleuté, se dessine l’infini des nuages.
En avançant, le bruit des vagues se fait tout proche. L’océan est le comble du bonheur pour le surfer, la musique est trop douce à son coeur. Quand le bruit est aigu, il sait que ce sera petit. Quand c’est un bruit sourd, grave, son coeur commence à battre en chemin, fait des bonds qui le font frissonner, un bonheur étrange lui donne des défis à lancer à la vague, lui laisse espérer l’impossible. C’est un moment privilégié, avec une saveur à part, connue de lui seul.
Quand il est du coin, il vient pêcher la nuit, il finit par se jeter dans l’eau du petit matin, en attendant la vague la plus forte, celle qui le soulève, le saisit aux reins et l’emporte. Alors, il crie son cri de guerre, quand il shoote une vague. Avec ce curieux désir d’infini qui lui colle à la langue, un truc qui le lie à la mer et l’envoie loin au large. L’Océan l’appelle, le prend tout entier. En surf, quand il passe la barre, il est seul au monde, il coupe avec tout, il est là, il voit filer les bancs de poissons, les dauphins derrière les chaluts, les goélands dans le ciel. Il dérive, entouré d’ombres glauques, il brasse la mer de tout son corps, il glisse, délivré du vertige, le dos tourné au ciel.
Par-delà la dune de sable blanc, la vague verte des pins découpe une image. Tout est paisible, il fait le vide, le cœur lui tourne un peu. Il vient de s’offrir un moment de paix et d'enfer, il est allé à l’eau, il revient, ivre d’écume et de bleu. Cela ressemble à se perdre. C’est ici le berceau incertain des Dieux, le sommeil agité des cieux et des sirènes, loin quelque part au large. Il suffit d’y aller, de partir, de s’y perdre. L’infini est une histoire de surfer, qui reste debout dans l’enfance et cherche à s’évader, baigné d'abîmes.
Il veille sur l'océan et les fonds marins, sentinelle d'un monde qui se donne le temps de mourir un peu plus chaque jour. Le vent lui demande de revenir. Il écoute le bruit du ciel et de la mer, tout cet azur autour de lui qui flotte et qu'il s'en va rejoindre.