Les Kelpie, dans l’ancienne Ecosse, étaient connues en tant que monstre marin, comme le monstre du Loch Ness. Pourtant le peintre Herbert-James Draper représente le Kelpie sous les traits d’une jolie femme… Peut-être cherche-t’il à faire remarquer que la nudité des femmes bouscule les traditions chrétiennes de l’époque.
La plupart des histoires de sirènes semblent mettre en évidence un conflit survenant entre les gens de la mer et les terriens. Ainsi, dans les îles Faroe – situées à mi-chemin entre l’Ecosse et l’Islande – on raconte que les chants de sirènes peuvent mener à la folie.
Il est recommandé de se boucher les oreilles, dès qu’on entend leur voix, comme dans les légendes de la Grèce antique. Les pêcheurs des îles Feroe racontent que les sirènes ont le pouvoir de provoquer une tempête, une explication comme une autre aux perturbations atmosphériques, empêchant toute sortie en mer.
De nombreuses légendes, plus ou moins hostiles, courent à leur sujet. Toujours aux îles Feroe, les habitants prétendaient apercevoir une sirène qui longeait les côtes. Elle restait là durant des heures, à peigner ses longs cheveux, en tenant un poisson dans la main droite. On la soupçonnait de vouloir nuire aux marins, en endommageant lignes et appâts, lorsqu’elle se rapprochait trop près des côtes.
Le tableau de Herbert Draper (1864-1920), nommé « La sirène », est catalogué comme représentant une sirène, bien qu’il s’agisse à l’évidence d’une femme ordinaire. La question soulevée étant de connaître les raisons qui peuvent bien pousser une femme normale à nager dans la mer ? Des incidents de ce genre sont survenus dans le passé, à une époque où des plongeuses furent capturées dans des filets de pêche. L’hostilité engendrée par les histoires de femmes-poissons peut être une des raisons qui amenaient à peindre ce genre de tableaux, à l’époque.
D’autres légendes de Bretagne et du Pays de Galles attestent des conflits survenant entre les gens de la mer et ceux qui vivaient sur terre. On nous raconte l’histoire de cités qui auraient été englouties sous la mer. La version bretonne nous mentionne qu’une des cités en question était bâtie sur une terre qui était menacée par la mer. Le roi Grallon gouvernait ce royaume, mais il avait une fille, Dahut, qui joua un vilain rôle dans l’histoire. Pour une raison inconnue, elle vola les clefs des digues et ouvrit les portes, permettant ainsi aux flots de s’engouffrer. Tous les habitants furent noyés, excepté le roi et un prêtre, qui mit le roi en sûreté. La mer emporta aussi Dahut, mais la transforma en sirène, au lieu de la noyer. Elle fit alors ce que la plupart des sirènes font, elle se mit à attirer les marins à elle, en peignant sa longue chevelure soyeuse et en chantant de sa voix magique.
Il y eut, en Scandinavie, des cas de conflits, qui apparurent dans le monde des tritons. Près de Bergen, en Norvège, un triton aurait été capturé et présenté au roi Hiorleif pour chanter devant la cour, malheureusement sa voix était loin d’être harmonieuse. Pour le punir, on l’enferma dans un tonneau rempli d’eau, où il mourut.
Au Danemark, on raconte l’histoire d’un triton, capturé par deux membres du conseil. Celui-ci les menaça de couler leur navire, s’ils ne le relâchaient pas sur le champ.
Aux Hébrides (Ecosse), existe une légende des hommes bleus de Minch, des tritons soupçonnés d’attaquer les navires. Ce dernier fait suggère qu’il existait des différents graves entre les pêcheurs et les terriens.
On fait aussi mention d’histoires similaires dans les pays germains. De nombreuses sirènes existaient dans la mythologie allemande, pour la plupart des sirènes d’eau douce, vivant dans les marécages, avant l’aménagement de digues permettant de drainer les eaux. On leur donnait le nom de sirène, Mélusine (sirène à double queue), Nix (mâle) ou Nixe (femelle). Les Nix et Nixes avaient une mauvaise réputation, celle de faire des sacrifices humains. Pour les étrangers, les marais pouvaient se révéler dangereux, les entraînant dans les sables mouvants ou les eaux troubles. La faute en revenait forcément aux sirènes et aux tritons et à leurs chants séducteurs, qui attiraient le commun des mortels dans les eaux du Rhin.
Les sirènes et autres personnages marins furent longtemps protégés des dangers de la vie courante, jusqu’au drainage des marais. Les nixes désignaient une certaine forme d’elfe, elles ressemblaient à des femmes normales. On les appelait Lorelei, sur les bords du Rhin. Elles vécurent en paix, jusqu’au moment où survinrent des conflits avec les terriens, pour des histoires de revendication de terrain.
La Nixe est une forme d’Ondine particulièrement maléfique car elle prend l’apparence fatale d’une femme merveilleuse bien réelle, qui vient séduire les jeunes gens, lors des bals nocturnes.
On reconnaît la Nixe au bas de sa robe qui demeure mouillé. Mais le garçon enchanté n’a souvent pas l’idée d’en tâter l’ourlet et se retrouve vite pris au piège des eaux, où elle l’entraîne jusqu’à la mort.
Dans toute l’Europe, on raconte un peu n’importe quoi sur les sirènes et leur longévité. L’église est un peu responsable de toutes ces légendes, préférant parler de sirènes, plutôt que de femmes s’adonnant aux plaisirs de la mer et à ses dérivés.
Les colonies de femmes-poissons menèrent un temps une vie différente plus ou moins paisible, le long des côtes et du littoral, jusqu’au jour où leur mode de vie matriarchal se trouva inévitablement confronté au mode patriarchal de la société des riverains. Avec les conséquences qu’on peut en déduire…
Toutes ces légendes et contes de sirènes font partie d’un chapitre longtemps tenu secret de l’histoire magique du monde féminin.